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mardi 25 mars 2008

Un arbre pour sauver des vies

Le congrès organisé par le MPP (Mouvman Peyizan Papay) pour célébrer son 35e anniversaire aura été une occasion exceptionnelle, pour de nombreux individus, de faire connaissance avec de véritables richesses peu ou pas exploitées dans notre pays. Parmi les produits exposés lors de la foire, qui a eu lieu du 16 au 20 mars 2008, certains ont particulièrement retenu l'attention car complètement inconnus du grand public malgré le rôle capital qu'ils peuvent jouer dans la réduction de la malnutrition et de l'amélioration de la couverture végétale du pays. La poudre de « bennzoliv » (moringa oleifera) a connu, malgré tout, un succès mitigé, l'Haïtien acceptant difficilement dans son régime alimentaire les produits qu'il n'a pas l'habitude de consommer. C'est dommage!Dans un pays où la majorité de la population mange mal, où la couverture végétale risque de n'être bientôt que de 1%, il serait heureux que les autorités responsables prennent en compte les initiatives heureuses entreprises par des individus ou des associations locales en quête de développement durable plutôt que de se fier aux désastreuses expertises des ONG étrangères qui, au fil des années, ne nous ont apporté que le goût de la mendicité et le comportement d'assistés permanents.Il faudrait penser à exploiter nos ressources et rechercher les vraies solutions à nos problèmes plutôt que des palliatifs qui, à long terme, ne font que compliquer une situation socioéconomique déjà précaire.En dépit de tout le tapage gouvernemental et médiatique fait autour du bambou, on a l'impression que la population, dans sa grande majorité, ne s'est pas sentie concernée par les possibilités économiques et environnementales que cette plante pourrait nous apporter. Simple question d'éducation, semble-t-ilIl est à espérer que la volonté de lutter contre la pauvreté et la malnutrition sera plus forte que le désir de reboisement et de reforestation et que l'on accordera plus d'importance à la plante-miracle qu'est le Moringa oleifera.

Le Moringa oleiferaLe moringa est le seul genre de la famille des Moringaceae. Ce genre comprend 13 espèces d'arbres poussant en région tropicale ou subtropicale. Le nom de taxon moringa vient du mot tamoul murungai.L'espèce la plus populaire est le Moringa oleifera, un arbre multi-usages originaire de l'Inde, cultivée sous les tropiques où il est souvent simplement appelé « Moringa ». L'espèce africaine, Moringa stenopetala, est aussi largement cultivée quoique moins que Moringa oleifera.Le moringa (Moringa oleifera aussi appelé néverdier, anamambo, morongo, ou encore Horseradish-tree, Ben-oil tree, Drumstick-tree en anglais, Malunggay aux Philippines et saijan en indien, bennoliv en Haïti) est un petit arbre pouvant mesurer jusqu'à 10 m. C'est une espèce d'arbres très utile, originaire du nord de l'Inde et des régions arides en général ressemblant à l'acacia qui résiste bien à la sécheresse et a une croissance rapide.Aux Indes, d'où cet arbre est originaire, il est appelé indifféremment Drumstick pour rappeler la forme du fruit qui ressemble à une baguette de tambour ou bien radish tree pour évoquer la forme mince de la silique à peine mûre très proche de celle du radis.
Toutes les parties de la plante sont utilisées traditionnellement. En Inde, la racine est un stimulant dans les paralysies, un tonique cardiaque et circulatoire, mais possède aussi des propriétés sédatives sur le système nerveux central.

Au Nigeria, la racine et l'écorce sont antiscorbutiques et utilisées par voie externe contre les irritations. Au Sénégal et au Mali, les emplois les plus courants concernent les enfants rachitiques, bronchitiques, fiévreux, souffrant de céphalées et de névralgies; les traitements divers vont de l'instillation du suc frais de la feuille ou des inflorescences dans les yeux et de l'administration de la racine en poudre nasale, aux boissons et lavages corporels avec des macérés de feuilles, écorces et racines.
Les feuilles, les jeunes cosses, les fleurs et les racines sont comestibles et on peut parfois les utiliser pour faire de la salade. Des analyses nutritionnelles ont montré que les feuilles de Moringa oleifera sont plus riches en vitamines, minéraux et protéines que la plupart des légumes.
Elles peuvent constituer un aliment complet puisqu'elles contiennent deux fois plus de protéines et de calcium que le lait, autant de potassium que la banane, autant de vitamine A que la carotte, autant de fer que la viande de boeuf ou les lentilles et deux fois plus de vitamine C qu'une orange. Les feuilles de Moringa oleifera sont utilisées contre la malnutrition et ses maladies associées (cécité, etc.).
On a l'habitude de cuisiner ses feuilles pour faire de la sauce nutritive.
Le thé, préparé avec les feuilles de Moringa, est très nutritif pour les femmes enceintes et pour les enfants, particulièrement pendant la saison des pluies. Les feuilles séchées à l'ombre et écrasées peuvent être mélangées avec du beurre d'arachide, du chocolat, ou avec d'autres aliments.
Les graines sont consommées après séchage; elles ont un goût de cacahuète. Mais surtout elles peuvent fournir une huile intéressante pour la cosmétologie, l'industrie pharmaceutique et la consommation courante. Contenant surtout des glycérides de l'acide oléique, l'huile d'olive, elle est très recherchée comme lubrifiant pour la fabrication des montres et est aussi appréciée en parfumerie pour sa possibilité d'absorber et de retenir les odeurs. Comme cet arbre est de croissance rapide (environ 3 ans après sa plantation, il commence à donner des fruits), on pourrait produire en grande quantité cette huile, pour les besoins alimentaires.
Les tourteaux obtenus après obtention de l'huile qui sont riches en principes antibactériens et en protéines ont donné lieu, depuis 1990, à de nombreuses publications. En effet, un extrait aqueux des graines de Moringa oleifera est un coagulant naturel utilisé pour la purification de l'eau. Il est très efficace pour faire disparaître les bactéries et diminuer la turbidité de l'eau.

Ce produit semble supérieur aux sels d'aluminium utilisés pour purifier l'eau et pourrait être utilisé dans les pays en développement, étant donné le prix exorbitant du traitement des eaux.La poudre des graines de Moringa Oleifera est effective à plusieurs niveaux du pH, alors que beaucoup du coagulants Alum utilisés sont efficaces quand le pH de l'eau est 7. Ceci fait de la poudre de Moringa Oleifera une poudre idéale dans les pays en développement où il est tout à fait impossible de procéder de façon effective à un contrôle de l'influence du pH précédent la coagulation.
Moringa Oleifera sert aussi de fourrage durant la saison sèche, de paillis, et d'approvisionnement en produits de chauffage. Les contenus nutritionnels de Moringa Oleifera sont le plus souvent plus riches comparés aux aliments habituels (par exemple les bananes, le lait, le yogourt, les oranges et les carottes).
Les graines mûres de Moringa Oleifera donnent de l'huile comestible contenant une énorme stabilité et la même composition que les acides graisseux de l'huile d'olive. L'huile de Molinga Oleifera peut aussi être utilisée comme lubrifiant, comme savon, comme produit cosmétique et comme carburant de lampe à gaz.
Parlant des propriétés médicinales de Moringa Oleifera, toutes les parties de l'arbre sont utilisées de différentes manières dans la médecine naturelle et la poudre de ses graines est incorporée dans la préparation de la pommade pour traiter les infections de la peau causées par les bactéries. Les principales parties de l'arbre de Moringa Oleifera utilisées dans la préparation des médicaments sont les feuilles, les fleurs, les racines, la sève, les graines et l'huile des graines. On affirme que ces parties de Moringa Oleifera sont utilisées pour traiter des dizaines de maladies.

D'autres études ont montré qu'après avoir consommé du Moringa Oleifera, les enfants ont vu augmenter leur poids et ont amélioré leur santé en général et que les femmes enceintes se sont rétablies de l'anémie et ont eu des bébés de poids élevé à la naissance et que les femmes qui allaitaient avaient une meilleure production de lait.
Les feuilles de Moringa Oleifera sont aussi utilisées, en Afrique, comme supplément alimentaire pour les personnes atteintes du sida.Chaque partie de l'arbre de Moringa a donc des propriétés bénéfiques qui peuvent servir l'humanité.Le Moringa peut croître dans des zones très arides comme le Sahara, mais il aime également les climats semi-tropicaux humides. Sa racine très profonde lui permet de se passer d'eau pendant plusieurs mois.
Son nom sénégalais "Nébédaye" viendrait de l'anglais "Never die": lorsqu'on le coupe ou que des jeunes pousses sont brûlées par le soleil, il repousse aussitôt avec les premières pluies. Il peut se planter par semis, en repiquage, en plein champ, ou par boutures.
On peut le cultiver de façon extensive pour une production de graines (semences ou production d'huile) ou de façon intensive irriguée pour une production optimale de feuilles (très nutritives) avec une récolte toutes les 6 semaines! C'est un arbre à croissance très rapide, jusqu'à 1 mètre par mois! Son utilisation en masse contribue à la préservation de l'environnement et cet arbre se révèle un pare-feu efficace.
L'initiative du MPP de promouvoir le développement de la culture de Moringa oleifera à travers le pays est vraiment louable et patriotique. Un exemple à suivre. Parler, c'est bien. Agir, c'est mieux!

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Références
- Dr NDUWAYEZU Jean Baptiste, directeur général de l'IRST (Institut de Recherche Scientifique et Technologique), « EXPOSE SUR MORINGA OLEIFERA ».

-Ndabigengesere A., Narasiah K.S., Talbot B.G., « Active agents and mechanism of coagulation of turbid waters using Moringa oleifera », Water Res., 1995.
-Ndabigengesere A., Narasiah K.S., « Quality of water treated by coagulation using Moringa oleifera seeds », Water Res., 1998.
-Barth V.H., Habs M., Klute R., Müller S., Tauscher B., « Trinkwasseraufbereitung mit Samen von Moringa oleifera Lam. », Chem Ztg, 1982
- Ramachandran C., Peter K.V., Gopalakrishnan P.K.,«Drumstik (Moringa oleifera): A multipurpose Indian vegetable», Economic botany, 1980.
- Ghasi S., Nwobodo E., Ofili J.O., « Hypocholesterolemic effects of crude extract of leaf of Moringa oleifera Lam in high-fat diet fed wistar rats », J. Ethnopharmacol., 2000.
- Kerharo J., Adam J.G., La pharmacopée sénégalaise traditionnelle, Paris, Vigot, 1974.
-Tsaknis J., Lalas S., Gergis V., Dourtoglou V., Spiliotis V., Characterization of Moringa oleifera variety Mbololo seed oil of Kenya », J. Agric. Food Chem., 1999.

Patrice-Manuel Lerebours
patricemanuel@yahoo.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=55775&PubDate=2008-03-24

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